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Les origines de la Russie (partie 1) - la constitution d'un 1er Etat.
Publié le 13 Janvier 2012
L'histoire de la Russie est pour beaucoup une énigme dans la mesure où elle est très compliquée, très différente de la nôtre, et surtout très rarement étudiée, notamment durant la période médiévale qui voit la naissance d'un premier royaume centralisé : l'Etat de Kiev (fin IXe siècle-milieu du XIIe siècle). Un exposé trop détaillé pourrait déstabiliser le lecteur, aussi la chronologie qui suit, rappellera les grands faits et règnes de cette période méconnue, tout en essayant d'intégrer divers éléments concernant l'économie, la société, la culture...
 
Si on essaie de comparer l'histoire de la Russie avec ce qui se passait en Occident à la même époque, on peut remarquer de très nombreuses différences. L'Etat de Kiev n'a, par exemple, jamais vu le développement de la féodalité. Les villes jouent un rôle politique et économique de premier plan et la fortune du royaume repose essentiellement sur le commerce et l'agriculture. La propriété privée n'apparaît que très tardivement et reste limitée... Le royaume est très fragile, retenu par des princes et d'énormes armées constamment en campagne. Le christianisme et une culture écrite font leur apparition, pénétrant peu à peu la société et s'intégrant aux anciennes traditions pour donner naissance à une culture originale. Ces quelques exemples permettent d'entr'apercevoir le développement particulier de la Russie, ou plutôt de la Rous, comme on a coutume d'appeler l'ancienne Russie. 
 
L'histoire de la Russie à l'époque médiévale peut être divisée en deux grandes périodes dans un souci de simplification : 
  • l'Etat de Kiev (fin du IXe siècle - milieu du XIIe siècle). 
  • la Russie des apanages ou des principautés (fin du XIIe siècle - milieu du XVIe siècle).
L'Etat de Kiev est le premier royaume de la Russie. Il s'est développé autour de la ville de Kiev sur le Dniepr (aujourd'hui en Ukraine) dans des conditions assez mal connues. Très rapidement, pourtant, il réussit à étendre sa domination sur un vaste territoire allant de la mer Baltique au nord jusqu'à la mer Noire au sud, et du confluent des fleuves Volga et Oka à l'est, aux montagnes Carpates à l'ouest. 
 
Nestor 
Moine-chroniqueur du XI- début XII siècle,
premier rédacteur de 
la Chronique des Temps Passés
 
On considère habituellement qu'avec la conversion du royaume au christianisme en 988 (989 ?) débute une période où les arts, le droit, le commerce et l'agriculture connaissent alors l'apogée de leur épanouissement. Pendant un peu plus de deux siècles, Kiev va s'affirmer comme une puissance politique, économique et culturelle de premier plan, avec un système original très différent de celui des Etats européens de la même époque. Mais le royaume est victime de querelles internes qui opposent les princes dans des guerres de succession incessantes. Les menaces étrangères des nomades d'Asie et le déclin du commerce lui seront finalement fatals. 
 
La constitution d'un premier Etat. 
 
Les conditions qui ont contribué à l'émergence de la Rous au milieu du IXe siècle sont encore très mystérieuses. La limite entre l'histoire et le mythe est très ténue, et l'on ne dispose que d'une seule source littéraire explicite : la Première Chronique ou Chronique des Temps Passés, écrite en 1122 par le moine Nestor, soit deux siècles après les événements évoqués et dans un contexte politique, social et religieux complètement différent. On peut y lire de quelle façon s'est constitué l'Etat kiévien : 
 
Rurik 
Selon la légende, premier prince de Kiev  
 
 

« Ils [des Slaves de l'Est originaires de la région de Kiev] traversèrent la mer [la Baltique] pour aller voir les Varègues, les Rous. Ces Varègues s'appelaient Rous, comme d'autres s'appellent Suédois, d'autres Normands et Angles, et d'autres encore Goths. Les Tchoudes, les Slaves, les Krivitchi, et tous, dirent aux Rous : « Notre terre est grande et riche, mais il n'y a pas d'ordre. Venez régner et nous gouverner. » Et on choisit trois frères avec leurs familles et ils prirent avec eux tous les Rous et vinrent. L'aîné, Riourik, s'installa à Novgorod, le second Sinéous à Beloozéro et le troisième, Trouvor, à Isborsk. Et c'est à ces Varègues que le pays russe doit son nom. Les gens de Novgorod descendent des Varègues, mais avant c'étaient des Slaves. »

 
Les historiens de la théorie dite « normanniste » se sont servis dès le XVIIIe siècle, et se servent encore aujourd'hui, de ce texte pour justifier l'idée que ce sont des Vikings scandinaves (ou Normands), qui ont donné à la Rous sa culture et son modèle politique. Cependant, cette théorie a été aussi bien développée par certains que combattue par d'autres (en particulier par les historiens soviétiques). 
Le texte en lui-même est très controversé et des critiques ont fait apparaître ses insuffisances et il faut savoir qu'il n'est pas parvenu jusqu'à nous intact. Après au moins deux rédactions, l'original s'est trouvé remanié, complété, corrigé voire glosé. Mais en l'absence d'autres sources, on ne peut rejeter celle-ci. 
 
Pourtant à bien y regarder, on remarque que la culture kiévienne a sûrement plus emprunté aux Byzantins qu'aux Slaves, et ce, notamment dans les domaines aussi divers que le droit, la religion, la langue, précédant parfois même les Scandinaves (comme par exemple en littérature). Constantinople envoie régulièrement dans l'ancienne Russie non seulement des ecclésiastiques de tout rang, mais aussi des architectes pour la construction d'églises, des peintres pour leur décoration et des enlumineurs pour la réalisation de somptueux manuscrits. 
Quant au rôle politique joué par les Normands, il est tout aussi difficile à définir, mais les noms scandinaves des premiers princes de Kiev attestent probablement une dynastie étrangère. Reste encore à définir qui sont ces Rous, mentionnés à maintes reprises dans des textes byzantins et arabes, avant même la date supposée de la fondation de Kiev en 862. L'étymologie du mot n'a pu fournir d'hypothèses satisfaisantes (il y aurait eu des Rous, compagnons de Charlemagne en Gaule !). 
 
On comprend alors l'enjeu de ce débat qui dépasse les cadres de l'histoire, dans la mesure où accepter la théorie normanniste revient à reconnaître que le développement de la Rous a été permis grâce à des étrangers. Quelle que soit la réponse à ce débat, on trouve à la fin du IXe siècle un peuple appelé Rous basé à Kiev, qui soumet peu à peu toutes les tribus slaves voisines.
 
Prochain article : Les origines de la Russie (partie 2) - l'essor du royaume de Kiev. 
 
Julie Ollivier-Chakhnovski
 
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N.B. l'orthographe adoptée pour les mots russes est conforme à la transcription française, non à la transcription anglaise, que l'on retrouve dans de nombreux ouvrages. 
 
 

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