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Le 30 janvier : sainte Aldegonde de Maubeuge (630-684)
Publié le 30 Janvier 2012
Nous fêtons en ce 30 janvier sainte Aldegonde de Haynaut (630-684) connue de nos jours comme sainte Aldegonde de Maubeuge.
Fille du comte Walbert IV1 de Hainaut et de la princesse Bertille de Thuringe (+647), future première abbesse de Chelles, sainte Aldegonde est aussi la sœur cadette de sainte Waltrude (Waldetrude ou encore Waudru) qui a fondé la ville de Château-lieu (Mons en Belgique). 
 
Une vie toute tracée ?
Aldegonde nait en 630 dans la province de Haynaut, au temps du roi Dagobert 1er. Elle mène durant sa tendre enfance une vie pieuse. Alors en âge de se marier, elle refuse tout nettement le futur époux que lui destinent ses parents. Et ce, même si appartenant à la noblesse mérovingienne son père la destinait à un homme de haut lignage, le prince anglo-saxon Eudon, ce qui devait lui assurer une vie somme toute prospère.
Aldegonde appartient à la noblesse franque. En effet, son père Walbert IV de Hainaut était intendant des domaines royaux de Neustrie, et ses oncles Gundeland et Landri avaient été Maires du palais. Mais Aldegonde reste fermement décidée à ne pas emprunter le chemin d'une vie que l'on trace pour elle. Ses Visions recueillies dans les six Vitae qui lui sont consacrées (textes hagiographiques, tout ou en partie, destinés à sensibiliser le lectorat) nous renseignent cependant sur les nombreux questionnements qui jalonnent son existence. Dieu demeure l'Unique voie vers laquelle elle tend.
 
Fuyant les avances de son prétendant, elle s'isole dès 661, au bord de la Sambre, au lieu-dit  "Malbodium" (mauvais bois) qui devient plus tard Maubeuge. Vers 670, à l'âge légal de quarante ans2, elle reçoit de l'évêque de Cambrai le voile des vierges. Vierge ainsi Consacrée, elle prend la direction du monastère double qu'elle vient de fonder.
 

"C'est une communauté double qui est fondée là, comme à Mons. Un 'Doppelklöster', avec un monastère de femmes et une communauté masculine. Celle-ci est mise en place pour s'occuper des travaux manuels, protéger les religieuses, mais surtout pour effectuer le service liturgique à l'intention des religieuses. Soumise à l'abbesse, cette petite communauté d'hommes est réduite à un rôle secondaire. Ils sont probablement tous prêtres ou diacres, et leur règle de vie doit être légèrement différente de celle de moniales. La règle des sanctimoniales est, elle, au VIIIe siècle, une règle bénédictine plus que probablement aménagée, améliorée, adaptée par l'abbesse, comme c'en est l'usage à l'époque mérovingienne."
Paul Bertrand3

 
Elle y meurt en 684 entourée de ses moniales après une fin vie d'intenses souffrances. Intenses souffrances que l'on ne peut que trop imaginer puisqu'il a été établi qu'elle avait succombé à un cancer du sein (droit). Elle a accueilli et recueilli dans son couvent des femmes de haut rang pour la plupart, tout en s'occupant des pauvres et des malades. Elle a été enterrée à Cousolre, non loin de Maubeuge, dans le caveau familial auprès de ses parents.
 
Elevée au rang de sainte en 1036, on ne cesse de l'invoquer pour lutter contre les maux dont elle eut à souffrir (maux de tête, fièvres, cancer du sein...) ou qu'elle aurait guéri (maladie des yeux car elle aurait rendu la vue à des aveugles).
 
On dénombre pas moins de six Vitae concernant Aldegonde (contre quatre pour sainte Waudru !), certaines plus ou moins romancées, dont une déjà écrite au VIIIe siècle par une moniale de son temps. Celle composée au début du Xe siècle par Hucbald de Saint-Amand (840-930) reste célèbre.
 
Les reliques d'Aldegonde furent placées dans une châsse, refaite au XIVe siècle, qui se trouve dans l'église SS. Pierre et Paul de Maubeuge. De nos jours, la messe de vénération des reliques de sainte Aldegonde reste un moment fort dans la vie des paroissiens comme dans celle des malades anonymes venus l'implorer.
 
Vie et miracles de saint Amand,
Abbaye de Saint-Amand, XIe siècle (1066-1107, ms 502)
Valenciennes, Bibliothèque municipale
 
Une riche lignée de saintes et de saints ou le parfait modèle de la sainte famille
A bien y regarder, la vie de sainte Aldegonde est non seulement exemplaire mais on remarque que cette noble lignée compte autant d'individus que de saints. Traditions, légendes ? Toujours est-il que, comme nous l'avons vu plus haut, sa soeur aînée, Waltrude, fonde l'abbaye de Mons (cette autre communauté double de Château-lieu) sous la protection du duc Hadulf. Elle sera cependant avant cela mariée à Madelgaire4 (607-677) à l'âge de 18 ans en 630 selon certaines sources. Ce seigneur de Strépy, dont elle eut plusieurs enfants fut un des proches conseillers du roi Dagobert 1er, plus connu sous le nom de Vincent Madelgaire, comme nous allons le voir.
 
Les neveux et nièces d'Aldegonde
Au nombre de quatre : deux filles et deux fils, saintes et saints eux aussi.
 - Aldetrude (+696) proche de sa tante Aldegonde, deviendra seconde abbesse de Maubeuge
 - Madelberte (+705) lui succèdera comme troisième abbesse. 
 
 - Landry, né Landricus de Famars de Hainaut, meurt vers 700. Il aurait été évêque de Meaux entre 641 et 650, et de Metz.
 - Dentelin mort en très bas âge, après son baptême, aparaîtra comme saint dans certaines hagiographies.
 
Waltrude décida de rompre son mariage. Son époux, libre, put accéder "librement" à la sainteté d'autant plus que son épouse l'avait patiemment habitué à se séparer des biens matériels. Quittant le siècle, il prit le nom de Vincent et fonda le monastère d'Hautmont et l'abbaye de Soignies. Comme le précise Paul Bertrand :

"Le noyau de cette sainte famille est constitué par Aldegonde et Waudru. Bizarrement, la sainteté d'Aldegonde a éclipsé toutes les autres du VIIIe siècle jusqu'au IXe voire XIe siècle. Il faudra attendre le XIIe siècle pour que le culte de Waudru prenne enfin l'essor qu'on lui connaît et qui en fait actuellement une des saintes les plus renommées en Hainaut - de même pour Vincent."
Paul Bertrand3

 
Sainte Waudru et ses deux filles
Livre d'heures de Jean de Lannoy (XVe siècle)
Elisabeth Féghali

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Notes :
1 WALBERT IV a cinquante ans quand il épouse en 602 la princesse BERTILLE (+ 647), fille de Bercaire, duc ou roi de Thuringe, avec qui il a plusieurs enfants dont seulement deux filles survécurent: Sainte WAUDRU (612 - 09-04-686) et Sainte ALDEGONDE (630 - samedi saint de l'année 684). La naissance du Comté de Hainaut
 
2 Sainte Aldegonde.
Le pape Léon I (440-461) décréta que l'on ne donnerait aux religieuses le voile sacré qu'après qu'elles auraient gardé la virginité jusqu'à l'âge de quarante ans (âge canonique). 
 
3 Paul Bertrand, "Études d'hagiographie hainuyère. L'exemple du 'cycle de Maubeuge' : un état de la question", dans Le Moyen Age, De Boeck Université, tome CVII, (2001/3-4), pp. 537-546
 
4 Saint Vincent, né Mauger ou Madelgarius de Famars de Hainaut en 607 au château de Sotteville à Strépy et mort le 14 juillet 677 à Soignies, fils de Mauger et Onuguerra. C'est le fondateur de la ville de Soignies.

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