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Charlemagne (747-814), les dents et une ordonnance : Le Capitulaire de Villis (812)
Publié le 27 Octobre 2011
Par Xavier Riaud
Docteur en Chirurgie Dentaire
Docteur en Epistémologie
Théophraste (v. 372- v. 287 av. J.-C.)
Inspiré du philosophe et botaniste grec, auteur d’une Histoire des plantes en dix livres qui fait de lui, le plus grand botaniste de l’Antiquité, inégalé jusqu’à la Renaissance, Charlemagne (747-814) n’hésite pas à utiliser les plantes préconisées par Théophraste à des fins médicales (Lamendin, 2008).
Plantes recommandées par le Grec sur le plan bucco-dentaire
Théophraste utilise :
Genèse du capitulaire
Il aurait été probablement écrit par Alcuin, un des grands scribes du roi des Francs, qui aurait rencontré Charlemagne à Parme en 781 et serait resté à ses côtés de 782 à 790. Il se sépare du monarque pour séjourner un temps en Angleterre, son pays natal, de 790 à 793.
De retour dans le royaume franc, Alcuin devient abbé de Saint-Martin de Tours en 796 et se fixe à Tours en 801. En 796, Charlemagne l’aurait missionné afin qu’il écrive un texte ayant pour vocation de réglementer la culture des plantes dans ses domaines (villae, villis).
Alcuin enseignait la botanique, la pharmaceutique et l’agriculture. Précepteur et conseiller de l’Empereur, il avait dirigé l’Ecole palatine d’Aix-la Chapelle en 782. Il convenait donc parfaitement pour la tâche qui venait de lui être confiée. Au préalable, il a bien évidemment fallu collecter ces plantes, les répertorier et vérifier leurs vertus thérapeutiques, ce qui a demandé beaucoup de temps. Alcuin décède à Tours en 804.
"Son travail", - dont la paternité est encore aujourd’hui contestée (Girre (1997), n’affirme-t-il pas que ce capitulaire aurait été écrit par Eginhard, le chroniqueur personnel de Charlemagne?) -, s’est donc appelé le Capitulare de villis vel curtis imperii (ou pour certains auteurs Capitulare de villis et curtis imperialibus (Girre, 1997)), le Capitulaire de Villis, qui est promulgué en 812 par Charlemagne, et dont l’application et la diffusion sont revenues au fils de l’Empereur, Louis Ier, le Pieux (778-840)1.
Le Capitulaire de Villis
Cette longue ordonnance est composée de 120 capitulae (chapitres ou articles). Ce texte aborde de nombreux sujets, comme les métiers, la médecine ou principalement la botanique2. Par cette succession d’articles, Charlemagne entendait réformer entièrement l’agriculture et l’administration de ses domaines immenses qui s'étendaient de l'Allemagne à l’Espagne, et qui étaient reconnus pour certains, à l’Ouest notamment, en Francie, pour être très mal gérés et entretenus.
Ce sont des règles strictes à respecter très scrupuleusement sous peine de lourdes sanctions (amendes, révocation, emprisonnement, bannissement…), car ce texte est une ordonnance royale dont l'application concrète est contrôlée directement sur le terrain par les missi dominici (les envoyés du seigneur)2. Les plantes sont, quant à elles, décrites dans les capitules 43, 62 et 70. Des indications très précieuses sont ainsi fournies dans ces trois chapitres sur les fruits et légumes cultivés à l’époque2.
Les plantes médicinales du capitule 70
Il comprend 88 plantes exclusivement médicinales qui sont toutes citées par Pline l’Ancien (23-79), dans son œuvre intitulée Naturalis Historiae Libri (livres XIV à XXV – 37 volumes au total) et par Dioscoride (v. 40-v. 90) dans son livre De Materia Medica3. Parmi celles-ci, y figurent certaines avec une action bucco-dentaire soutenue. C’est le cas notamment de
Conclusion :
Girre (1997) précise :
S’il a révolutionné l’agriculture et son administration par cette ordonnance, Charlemagne a apporté grâce au Capitulaire de Villis, une aide indéniable et non négligeable à la médecine de l’époque par la production de plantes médicinales à grande échelle et l’usage qui en a été fait. A un degré moindre, l’action bucco-dentaire de certaines de ces plantes ayant été notifiée, ne peut-on pas considérer que ce texte originel a été un document primordial dont la phytothérapie bucco-dentaire se serait inspirée ?
Xavier Riaud1
L'auteur :
1 Xavier Riaud est Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat de l’Académie Nationale de Chirurgie Dentaire, Membre associé national de l’Académie Nationale de Chirurgie Dentaire.
Notes :
2 Le capitulaire de Villis (Encyclopédie universelle)
3 Capitulaire de Villis (Wikipedia)
4 Le capitulaire de Villis (Encyclopédie universelle)
Références bibliographiques :
Baron P. & Baron A., L’Art dentaire à travers la peinture, ACR (éd.), Paris, 1986.
Bibliothèque de Wolfenbüttel, Allemagne, 2009.
Girre Loïc, Traditions et propriétés des plantes médicinales, Privat (éd.), Toulouse, 1997.
http://fr.wikipedia.org (a), Alcuin, 2009, pp. 1-4.
http://fr.wikipedia.org (b), Capitulaire de Villis, 2009, pp. 1-3.
Lamendin Henri, Soignez votre bouche par les plantes, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2007.
Lamendin Henri, Précurseurs de la phytothérapie bucco-dentaire occidentale, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2008.
www.encyclopedie-universelle.com, Le Capitulaire de Villis, sans date, pp. 1-7.
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