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| Magazine - Mercredi 7 janvier 2009 |
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Numéro 3 - Juillet 2000
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La Bataille d'Anthon (11 juin 1430)
La Bataille d'Anthon
Les Raisons de cette bataille
Dès 1426, Louis de Chalon, prince d'Orange et vassal franc-comtois de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s'était lié par une convention secrète au duc de Savoie, Amédée VIII, en vue de dépecer le Dauphiné. En effet, le prince d'Orange avait le rêve ambitieux de réunir son domaine de Franche-Comté à sa Principauté d'Orange, par la vallée rhodanienne, à travers le Dauphiné.
Mais, le redressement du royaume de France, grâce aux initiatives de la Pucelle d'Orléans, contraignit le prince d'Orange, inquiet, à accepter un compromis avec le gouverneur du Dauphiné, Raoul de Gaucourt, le 14 août 1428. Les portes des châteaux de Pusignan, d'Anthon et de Colombier furent à nouveau ouvertes aux commissaires delphinaux et les garnisons orangistes durent quitter les forteresses. Louis de Chalon, quelque peu humilié, prépara en secret sa revanche. Il fit preuve de bonne volonté mais continua à occuper les châteaux de la baronnie d'Anthon. Ainsi, durant l'hiver 1429-1430, il fit fortifier le port d'Anthon et installa des garnisons dans les principaux châteaux de la baronnie. Le château de Pusignan fut de nouveau occupé par des troupes orangistes. La Bâtie d'Azieu, forteresse delphinale, fut prise d'assaut et conquise en quelques heures. L'inquiétude se répandit à travers tout le pays, même jusqu'à la cité de Vienne, qui se prépara à résister aux assauts des hommes d'armes du prince d'Orange. Dès les premiers mois de 1430, on signala des levées d'hommes d'armes en Bourgogne. Le duc se décida enfin à mener une guerre totale contre le Dauphiné et le royaume de France. D'ailleurs, Louis de Chalon écrivit à son châtelain d'Anthon, Antoine Ferrières, en ces termes:
"Très chier et bien amé escuier? lettres de Monsieur de Bourgogne, lesquelles contiennent, qu'il veut que nous fassions la guerre au Dauphiné le plus fort que nous pouvons..."
Il recommanda cependant de faire comme si rien ne se préparait, obéissant ainsi aux gens du conseil delphinal. La réaction du gouverneur du DauphinéLa réaction du gouverneur du Dauphiné Raoul de Gaucourt, nouveau gouverneur du Dauphiné depuis le 1er novembre 1428, comprit rapidement les intentions de Louis de Chalon. Il réunit alors les Etats du Dauphiné, le 20 mai 1430, à la Côte-Saint-André, pour voter un subside. Il se rendit ensuite à Annonay où il engagea les routiers espagnols de Rodrigue de Villandrando, qui traversèrent le Rhône à Vienne, le 26 mai. Le lendemain, il donna rendez-vous devant le château d'Auberive, à Humbert de Grolée, sénéchal de la ville de Lyon, qui amenait avec lui son contingent lyonnais ainsi que deux compagnies de Lombards commandées par Georges Bois et Burnon de Caqueran, seigneur de Saint-Georges-d'Espéranche.
Dès que la forteresse d'Auberive fut enlevée (le 27 mai), la petite armée se dirigea vers le nord et pénétra en Velin où elle établit son camp sous les murs du château de Pusignan, le 7 juin 1430. La garnison orangiste ne put longtemps résister et capitula à la première attaque. Le jour suivant, la Bâtie-d'Azieu se rendit après un terrible assaut. Le vendredi 9 juin, l'armée delphinale dut faire face à une forte garnison orangiste devant le bourg fortifié de Colombier qui comportait une forte garnison orangiste. Le capitaine châtelain résidait alors dans la puissante tour maîtresse circulaire dominant le village d'où des archers et arbalétriers pouvaient tirer sur les assaillants. Pour réduire cette place forte au plus vite, le châtelain de Crémieu, Sibuet de Rivoire, fut chargé de ramener les bombardes de la cité de Crémieu. Le bourg fut pris dans la journée mais une pluie torrentielle contraignit les Dauphinois à renoncer au siège de la tour maîtresse où se trouvaient les derniers défenseurs. Le lendemain matin, vers 6 heures, la pluie cessa, permettant aux hommes d'armes de Raoul de Gaucourt de poursuivre leur attaque du dernier réduit. En milieu de journée, après une défense acharnée, les Orangistes déposèrent les armes. Entre-temps, le prince d'Orange, qui venait de passer le Rhône la veille, dépêcha un groupe de soldats à Colombier afin de savoir ce qui s'y passait. Sur le chemin de Colombier, les hommes de Louis de Chalon se heurtèrent aux Milanais de Burnon de Caqueran qui venaient à leur rencontre. Pourtant, au lieu d'engager la lutte, ces derniers préférèrent s'enfuir, persuadés que la position de Colombier, plus forte, pouvait repousser tous les assauts dauphinois. Grave erreur de leur part car ils ignoraient alors tout de la prise de cette place forte. Le dimanche 11 juin 1430, l'armée dauphinoise entendit au petit jour dans la plaine la messe célébrée par le chapelain du gouverneur du Dauphiné. Après ce moment de recueillement, elle s'ébranla en direction d'Anthon. Louis de Chalon, perplexe, décida de rassembler ses chevaliers et sa piétaille, puis se dirigea vers Colombier, afin de porter secours à ses hommes. Quelques heures plus tard, la bataille d'Anthon faisait rage.
· les Dauphinois et Lyonnais du baron de Maubec, Hugues II (approximativement 600 hommes dont 100 chevaliers, 300 archers et arbalétriers et 200 piquiers),
Blason de Villandrando
Dague retrouvée sur · Pierre d'Aquin,
· les seigneurs de Beaufremont,
La stratégie dauphinoise
Connaissant bien le terrain et notamment les bois, les dauphinois pensèrent à une stratégie en deux étapes :
Get-à-pan
Cette stratégie, très théorique, devrait permettre la victoire du camp dauphinois.
Carreaux d'arbalètes retrouvés
La bataille s'engage
Les premiers cavaliers de la colonne sont à la Batterie, prêts à sortir, quand les routiers de Villandrando se jettent, lance au poing, à leur tête. Les chevaux blessés se cabrent, les hommes tombent. Le massacre commence alors dans un désordre indescriptible. C'est dans la plus grande confusion que, pêle-mêle, la tête de la colonne orangiste, empêtrée, décimée, cherchant une échappatoire, reflue et se retourne sur le reste de l'armée de Louis de Chalon. En même temps, des cris de guerre, suivant le mot d'ordre, sortent des rangs dauphinois. La marche confiante de l'armée orangiste devient un sauve-qui-peut général. Les cavaliers orangistes abandonnent dans les bois leurs destriers sellés et harnachés, les hommes de trait et d'armes laissent arcs, épées, lances et arbalètes à terre afin d'échapper à la violence des combats et à la fureur dauphinoise. Les survivants se dirigent vers Anthon, laissant derrière eux de nombreux morts, et arrivés au passage de la route de Lyon-Crémieu ils sont alors obligés de se découvrir devant les dauphinois. Une heure plus tard, près de 4 000 orangistes avaient repassé la grande route de Lyon à Crémieu ; la forêt des Franchises et les bois jusqu'à Anthon en étaient remplis. On extermina les fuyards dans les bois et les champs de blés. Ce fut une déroute totale et définitive : Louis de Chalon perdit la bataille entre 13 heures et 14 heures.
Blason du comte de Fribourg
Le prince d'Orange ne dut son salut qu'à la rapidité de son vigoureux destrier. En effet, il repassa le Rhône à Anthon, selon Mathieu Thomassin, en se précipitant en armure dans le fleuve avec sa monture et réussit malgré le fort courant à gagner la rive opposée. Mais, selon les propos du héraut Berry, il paraîtrait cependant qu'il traversa le Rhône en bateau, à la faveur de la nuit. Après cette terrible défaite, il se rendit dans l'un de ses châteaux jurassiens, mais bien longtemps après avoir payé une forte rançon (il avait été fait prisonnier après avoir traversé le Rhône). Il dut également faire hommage au roi de France pour sa principauté d'Orange, ce qui lui évita d'ailleurs de payer la totalité de sa rançon. Lorsqu'en 1672, les paysans abattirent un chêne de la forêt des Franchises, ils trouvèrent, à leur grande surprise, dans le creux de celui-ci le corps d'un combattant orangiste en armure qui avait voulu échapper aux dauphinois en s'y cachant ; malheureusement pour lui, il y était resté bloqué. L'armure fut retirée du tronc et vendue par la suite. Les pertes dauphinoises, infimes, se limitèrent à quelques hommes d'armes.
Epilogue
Après la défaite, le duc de Savoie, qui n'avait pas participé à la bataille, mais qui avait soutenu Louis de Chalon, perdit définitivement l'espoir de remettre le pied en Dauphiné ; il entreprit alors de conquérir l'Italie. Raoul de Gaucourt confia la garde des châteaux de Colombier et d'Anthon à Gilet Richard, seigneur de Saint-Priest jusqu'au moment où Louis de Saluces fut reconnu comme légitime héritier de son oncle Bertrand de Saluces. Le souvenir de la bataille d'Anthon s'est longtemps perpétué dans les mémoires, d'autant plus que de nombreux vestiges de cet affrontement ont été retrouvés : des charniers, des armures, une très belle dague ciselée...
BIBLIOGRAPHIE CHARVET (A.) - De Lyon à Satolas - le pays de Velin des origines à nos jours, Neyron, 1984. NAZET (R.) A la recherche des lieux où se livra la bataille d'Anthon : 11 juin 1430, in Evocations, janvier-février 1946, pp. 5-7 ; mai 1946, pp 2-4. PAYET (E.), L'agression du Dauphiné par le prince d'Orange et la vérité sur la bataille d'Anthon, Bourgoin, 1955. Abbé PONCET, Essai sur la baronnie d'Anthon, 1882.
Olivier Petit |
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