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| Magazine - Jeudi 2 septembre 2010 |
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Numéro 15 - Janvier 2008
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La Prise d'Antioche 3/3
LES VAINQUEURS ASSIEGES
Le 7 avril, le gros des troupes turques achevait sa concentration autour d'Antioche et Kerboga envoya son lieutenant Ahmed Ibn Merwan investir la citadelle d'Antioche, que lui livra le fils de Yâghi Siyân, Shams al-Dawla.
Les escadrons turcs investirent progressivement les fortins construits par les Croisés autour de la ville. Devant le manque de pâturages pour les chevaux sur les hauteurs de la ville et la difficulté du terrain1 , Kerboga choisit finalement d'installer son camp dans la plaine et de bloquer toutes les portes de la ville, sachant pertinemment, grâce aux nombreux déserteurs chrétiens, la disette qui régnait déjà dans leur camp. De part l'importance de ses troupes, Kerboga pu investir totalement les quinze kilomètres de muraille, rendant impossible toute communication avec l'extérieur, si bien qu'enfermés dans une ville qu'ils avaient si laborieusement affamée, les assiégeants de naguère eurent très vite à souffrir de la plus cruelle famine.
Le Chevalier Anonyme raconte que
Au bout d'une semaine de siège, l'abattement était général. Certains chevaliers renommés, tels Guillaume de Grandmesnil et ses frères, ou encore Raoul de Fontenelle, décidèrent de rejoindre le camp des déserteurs. Quand au petit matin, on découvrit leur trahison, Bohémond défendit à quiconque d'enlever les cordes qui leur avaient permis de descendre des courtines,
Les veilles prolongées, la faim, les escarmouches incessantes rendaient peu à peu les soldats désespérés et sans forces.
Plus grave encore, ils rechignèrent bientôt à venir assurer les gardes ou faire face aux assauts répétés des Turcs sur les murailles. Cette anémie faillit d'ailleurs plus d'une fois leur coûter la ville. Ainsi, une des tours près de celle des Deux-Sœurs, aurait été emportée une nuit sans le courage de trois chevaliers flamands, qui, de garde sur une tour voisine, aperçurent les soldats turcs sur les murailles et refoulèrent des ennemis bien plus nombreux jusqu'à l'arrivée de renforts… Il n'y avait guère plus que Bohémond, pour rester inébranlable :
Un jour de grand péril, ce dernier du mettre le feu à la cité, afin d'empêcher les soldats léthargiques de s'enfermer dans les maisons au lieu d'aller défendre les tours et remparts.
Le seul véritable espoir pour les défenseurs aurait été de voir paraître l'armée de secours promise par l'empereur byzantin Alexis Comnène ou de quelques renforts venus d'occident par voie de mer… Comble du malheur, certains déserteurs, qui avaient pu gagner le port de Saint Siméon, propagèrent la nouvelle de l'anéantissement de l'armée franque, effrayant les escadres de passage. Pire encore, le comte Etienne de Blois, qui s'était réfugié à Alexandrette (aujourd'hui Iskanderun) durant le siège, apprit la situation critique de ses frères d'arme. Pris de remords, Etienne2 se rendit secrètement avec ses troupes sur une montagne voisine d'Antioche, d'où il aperçut la nuée des tentes des armées de Kerboga. Horrifié, il s'enfuit en direction de Constantinople et rencontra sur sa route le basileus Alexis Comnène qui s'apprêtait, de Philomélion (Aqshéhir), à rejoindre à la tête de toutes ses forces les Croisés sous Antioche. Désirant justifier sa fuite, le comte de Blois lui confirma l'anéantissement de la Croisade, lui conseillant de rebrousser chemin. Alexis, dont la volonté de venir en aide aux Croisés ne peut être mise en doute, fut convaincu qu'une descente sur Antioche n'avait plus lieu d'être, si ce n'est de risquer une rencontre périlleuse avec la grande armée seljûkide. La lâcheté d'Etienne de Blois, doublée de ses mensonges priva ainsi l'ost franque du concours des Byzantins, au moment où celui-ci aurait été le plus précieux.
Cette surprenante découverte remplit l'armée d'une joie et d'une espérance indicibles
Bohémond, constatant le rétablissement du moral de l'armée, proposa au conseil de guerre suivant d'opérer une sortie en masse pour surprendre les assiégeants, ce en quoi il fut approuvé.
En effet,
Toutefois, on décida qu'auparavant, une délégation sous la conduite de Pierre l'Ermite serait envoyée au gouverneur de Mossoul, "afin qu'il renonça à assiéger la ville, parce qu'elle appartenait à la juridiction du bienheureux Pierre et des Chrétiens" et pour lui proposer un combat entre vingt champions des deux camps, lequel déciderait du sort de la ville. Bien évidemment, cette requête ne recueillit que les sarcasmes des Turcs. Il fallut alors fourbir les armes et les âmes :
Tandis que l'armée franque reprenait ainsi courage, de fortes dissensions naissaient au sein de l'armée turque, notamment du fait des rivalités grandissantes entre éléments turcs et arabes. Par ailleurs, il semble que le gouverneur de Mossoul fit preuve de mauvais procédés envers ses émirs et alliés qui finirent de les désolidariser de son commandement. Le 28 juin 1098, au petit matin, l'armée franque sortit, transcendée par la Sainte Lance, et se rangea lentement en ordre de bataille devant la porte du Pont. Raymond de Toulouse, "qui était malade à la mort ", était resté quant à lui avec deux cent hommes à l'intérieur de la ville pour contenir une éventuelle sortie de la garnison de la citadelle.
Au moment même où les Francs effectuaient leur sortie pour venir se déployer face aux Turcs, les émirs de l'entourage de Kerboga lui enjoignirent de fondre sur eux alors qu'ils étaient à la manœuvre, et avant qu'ils ne soient tous sortis. Cependant, Kerboga, alors en pleine partie d'échecs, et se flattant de "les massacrer tous à la fois", s'y opposa formellement et interdit à ses lieutenants d'engager la bataille avant que les Francs ne soient tous dans la plaine. L'armée franque pu ainsi se déployer tranquillement sur la rive ouest de l'Oronte et s'élança aussitôt contre les Turcs. Une pluie légère se mit à tomber.
Kerboga fit alors reculer lentement son armée et envoya un corps de cavalerie de façon à prendre à revers l'aile gauche franque. Mais Bohémond comprit le stratagème et préleva sur ses troupes un corps commandé par Renaud de Toul pour leur barrer la route. Le combat s'engagea finalement et l'armée seljûkide se débanda progressivement face à la furia franque. En vain, les Turcs mirent le feu aux broussailles, mais un élan irrésistible animait les Francs, qui atteignirent bientôt la tente de Kerboga, après avoir mis en fuite les derniers escadrons turcomans. Il s'ensuivit une débâcle générale. En plein milieu de l'action, on vit
Le lieutenant à qui Kerboga avait confié la garde de la citadelle, ne pouvant espérer résister seul aux Francs, offrit de se rendre à condition d'avoir la vie sauve. Bohémond offrit sa bannière qui fut déployée sur la citadelle, et les derniers Turcs d'Antioche purent se retirer en toute sécurité.
Il se passa durant cette journée ainsi que pendant le siège de la ville d'Antioche beaucoup d'autre faits, étonnants et inconnus, tant parmi le peuple des chrétiens que chez les Gentils, mais ni la plume, ni la mémoire des hommes ne pourraient suffire à les rapporter, tant ces faits sont nombreux et rapportés de diverses manières. Ces événements hors du commun eurent lieu le 28 juin, la veille de la fête des apôtres Pierre et Paul, sous le règne du Seigneur Jésus-Christ, à qui sont honneur et gloire pour l'éternité des siècles.
1 Le sentier reliant la citadelle à la ville est en effet d'accès difficile du fait de la très forte déclivité du terrain, et ne pouvait donner lieu qu'à des entreprises d'envergures limitées.
2 Ce comte, "qui si laidement s'estoit parti des autres" devait revenir bien vite en Terre Sainte sous les reproches de sa " très Chère Adèle " et sous la menace de l'excommunication proférée par le pape Urbain II envers tous les déserteurs de la Croisade. Il prit donc part à l'arrière croisade lombarde et s'enfuit une fois de plus lorsque la situation devint critique en Anatolie. Désirant terminer son pèlerinage à Jérusalem, il y arriva finalement le 20 mars 1102, soit près de six ans après son vœu. Au moment de partir, des vents contraires le retenant à terre, il combattit sous les ordres de Baudouin, devenu entre temps roi de Jérusalem, et fut capturé lors d'une escarmouche pour être exécuté par les Fâtimides devant les murailles d'Ascalon, le 19 mai 1102. 3 Peu après le siège d'Antioche, alors que l'armée franque piétine devant Archas, en proie à d'autres doutes, Pierre Barthélemy aura d'autres visions, qui lui occasionneront de vifs reproches parmi les prêtres, certains l'accusant de faire par ses visions le jeu des Provençaux. Pour faire éclater la vérité, ce premier demandera à subir l'épreuve du feu, à laquelle il ne survivra pas, de même que la croyance en la Sainte Lance.
Les citations, sauf mention contraire, sont extraites de La Chronique anonyme de la première croisade ou de l'Historia rerum in partibus transmarinis gestarum de Guillaume de Tyr.
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| © Citadelle 1999-2010, Elisabeth & François-Xavier Féghali. Tous droits réservés.
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